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Pour jocelyn charles- Pourquoi je crois à l'évolution des mentalités et au progrès

 

 

 

Quand j’étais petite, mon père m’a transmis deux hontes : la honte d’être alsacien et la honte d’être paysans. Dans les années 70, 80 être paysan ou fermier, ou agriculteur était quelque chose de négatif. On était quelqu’un qui se salit les mains, qui travaille avec le fumier, les bêtes, une personne de mentalité reculée. C’était sale. La ferme pue. Les gens qui travaillent à la ferme puent. Ça pue.

 

En khagne à Metz, un copain à moi me l’a dit d’ailleurs. D’habitude je n’avais pas de problèmes avec cela, le fait d’être fille de paysans. Au collège et à l’école primaire, les gens savaient que j’étais d’une famille importante dans le village et beaucoup avaient aussi des origines paysannes et puis comme j’étais toujours la meilleure en classe, ils avaient besoin de moi, ils admiraient. Au lycée pourtant on a commencé à me donner des surnoms comme " Reine des près " "  Vindiou la Marie " etc….

Donc ce copain de khagne qui était le fils d’un immigré italien, ouvrier et artiste me dit un jour qu’il trouvait que je puais. Je ne comprenais pas car je prenais des douches régulièrement. Je me demandais ce que ce type que j’admirais voulais dire.

J’ai toujours dit la vérité. J’ai toujours dit " agriculteur " pour mon père et pour ma mère je disais souvent " agricultrice " bien qu’une prof m’avait dit qu’il fallait marquer " mère au foyer " car " agricultrice " n’était pas une profession reconnue. Pourtant c’était ma mère qui gèrait la ferme du point de vue des finances et mon père ne s’est jamais occupé des comptes. Elle bossait aux champs comme lui et le boulot il l’ont toujours fait ensemble. D’autres filles ont été plus discriminées que moi. Certaines mentaient quand on leur demandait ce que faisaient leurs parents.

 

Donc pour dire que dans les années 70, 80 être fille d’agriculteur, être agriculteur c’était pas bien vu.

 

Plus tard à la fac, avant d’aller en cours nous avions du déplacer une vache avec ma belle sœur car un gamin qui jouait à la ferme avait cherche ses clefs dans la caillebotis qui était une grille ou reposaient les pieds arrière des vaches et en dessous de laquelle il y a la fosse à purin. Il avait voulu chercher ses clefs, avait soulevé la grille et la vache était tombée avec les pieds arrière (elle était toujours attachée par le cou avec une sangle prévue pour qu’elle ne puisse s’étrangler) dans la fosse. Nous avions peur que la vache à côté d’elle ne tombe aussi et nous l’avons donc déplacée plus loin sur les conseils de l’inséminateur ( un monsieur qui venait inséminer les vaches) qui était venu peu après. Mes parents et mon frère n’étaient pas là. Bref je raconte ça à une de mes copines de fac et elle me dit " Mais c’est drôle. Ah tu es fille d’agriculteur ? Mais qu’est-ce que tu fais là ? " ça voulait dire pourquoi fais-tu des études ? Je lui ai expliqué qu’il fallait que je me trouve un travail comme tout le monde.

 

Dans les années 90, 2000, les mentalités ont peu à peu changées. La ferme est devenue à la mode. Il y avait de plus en plus de films, de livres sur les paysans, des marques de vêtement ont fait des collections avec des animaux de la ferme, il y a eu ces motifs de vache qui apparaissaient partout. Bref je crois vraiment que quelque chose à changé.

 

Et d’ailleurs mon neveu qui a huit ans est très fier de son père " agri " et n’éprouve aucune gêne à en parler. Dans son esprit c’est quelque chose de totalement positif.

 

Donc pour jocelyncharles qui pense que les mentalités n’évolueront jamais en ce qui concerne le racisme, je lui dis qu’il pourrait avoir quelque bonne surprise dans les années à venir. Non pas que le racisme disparaisse. Ce genre de chose est assez inhérent à la nature humaine et je ne pense pas que les discriminations disparaîtront un jour. Ce serait trop beau. Mais attendons dix ans, vingt ans. Si Le pen ne passe pas, nous aurons sans doute quelque bonne surprise, une bonne surprise déjà enfouie en nous.

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La déculturation

 


 

 

-Tu sais dans mon pays, dans la ville d'où je viens et où je vais en vacances, tout le monde se connaît.

-Oui, c’est comme dans mon village, tout le monde se connaît.

-Ah bon ben c’est comme chez moi un peu.

-Oui. Comment tu fais pour bien vivre ici ? Tu n’as pas eu de problèmes tu disais ?

-Il faut s’adapter, apprendre les nouvelles règles, les règles du nouveau pays.

-Oui moi aussi, j’ai du m’adapter à la ville, apprendre ses règles, apprendre que Dieu est mort au cours de philo et je l’ai cru. Tu crois en Dieu ?

-Oui. J’avais une amie avec qui j’aimais discuter. Elle était catholique très pratiquante. Elle fleurissait une église.

-….

-….  

Les champs inspirent Dieu. Les chants aussi.

-Pourquoi crois-tu en Dieu ?  

-C’est dans mon enfance. On m’a dit Dieu est bon, Dieu est grand, et puis on m’a emmené à la mosquée.  

-Moi j’allais à la messe et j’ai lu la Bible. J’ai fait un concours biblique organisé par des protestants.   

-…  

-J’ai demandé au curé si c’était possible. Il a dit oui. Tu as lu le Coran ?  

-Oui je l’ai lu.  

-J’ai inventé un mot.  

-Oh Herade ! dit-elle en riant  

-La déculturation.

-Qu’est ce que c’est ?

-C’est ce que nous avons vécu. Renier sa culture d’origine pour s’adapter à la nouvelle. Oui c’est douloureux mais on a pas le choix. Les nouvelles règles sont juste un peu difficiles à installer.  

-Le mieux c’est de les apprendre et de les juxtaposer aux anciennes et c’est ce que j’ai fait.  

-Pas moi, j’ai trahi, tout renié en bloc. Puis je suis revenu en arrière et je me suis promis de ne plus jamais trahir quel qu’en soit le prix à payer.

-Quand mes parents sont venus ici, ils ont du s’adapter.  

-Les miens sont resté au village. Ils ont évolué mais pour eux rien n’a changé. Maintenant je fais comme toi. Je n’essaye plus de sortir mon passé de moi-même. Je juxtapose ce que mes parents m’ont appris à ce que m’apprend la ville.

- Tu étais un peu destructrice pour toi-même.  

-On apprend.  

-Oui, on apprends.

 

 

 

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